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Européennes 2009

Je voudrais faire quelques remarques sur le texte de Christine et Yves. Les points concernant l'Europe, les enjeux de l'élection et les perspectives à construire, s'inscrivent dans un débat tout à fait nécessaire,
je trouve cependant la forme un peu incantatoire, et péremptoire: On peut répéter "il faut" à toutes les lignes, on pourrait également ouvrir quelques pistes pour essayer de répondre à "comment?".
Quelques formules contestables sont affirmées comme des évidences "/(..) Tous les gouvernements se lamentent sur la crise écologique. Pourtant la commission européenne n’a qu’une influence très marginale sur les choix urgents à définir et à mettre en œuvre ." ??? /Que voulez-vous dire quand vous écrivez "influence très marginale"? Au regard de l'enjeu planétaire? Parce que la commission serait soumise à des institutions élues ? Lesquelles ? A moins que vous ne fassiez référence au pouvoir des lobbies industriels et financiers qui agissent pour la classe capitaliste ?
La campagne permettra, je l'espère, d'approfondir ce débat, mais je voudrais d'abord revenir sue cette question de l'unité car je trouve votre démonstration paradoxale, notamment quand vous vous appuyez sur l'expérience des régionales de 1998 !!!
Effectivement en 98, il y avait des groupes locaux, la LCR, les Verts, les régionalistes, quelques dissidents du PC, et les alternatifs. .. Pour quel résultat politique ? (dont le résultat électoral ne constitue qu'un petit élément : 2,55 % dans les Bouches du Rhône). Il me semblait que nous en avions tiré quelques leçons :
- 2+2+2+2 ne font pas toujours huit, pour paraphraser Daniel Fontaine
- la situation de décomposition politique était telle que l'unité ne se réaliserait pas par la simple addition de forces à la dérive.
- l'état politique des groupes locaux a éloigné la perspective d'une "reconstruction par le bas" passant par leur développement et leur association.
- le type d'unité réalisé aux régionales n'a fait que brouiller le message, sans constituer un espace de confrontation et de clarification, sans ouvrir la moindre perspective politique. Les facteurs de division n'en ont été que plus forts à l'issue de l'élection... Et nous n'avons fait rêver personne.
La victoire du Non au TCE a pourtant redonné des ailes aux apôtres de l'union de la gauche... de la gauche : de la LCR à... Vauzelles, Fabius... Chevènement...
Et nous voilà repartis en 2007 sur les mêmes rails, une unité de conjoncture non dénuée d'arrières pensées. Pour moi ce fût la goutte d'eau! Il faut sortir de cette spirale d'échecs où l'on continue à s'affaiblir en voulant être plus forts. Le spectacle est si désolant que je trouve dérisoire d'essayer de faire de la LCR le bouc émissaire de la désunion (à égalité avec le PC???): "/les présidentielles de 2007 ont fini par butter sur la volonté du PCF et de la LCR //d’en découdre électoralement, chacun sous sa bannière."
/En 2007, un peu de lucidité et de clarté politique ne firent pas de mal. Merci à la LCR pour la leçon. Avec la constitution du NPA, une petite étape a été franchie dans le processus de dépassement. A peine sortis de la couveuse, nous ne pouvions pas prendre le risque de brouiller le message. L'enjeu déborde du cadre du débat sur les institutions européennes, nous devons occuper les tribunes électorales pour ouvrir une nouvelle voie, internationaliste, et contribuer à démarginaliser l'idée révolutionnaire.

La LCR a disparu, le NPA émerge doucement, et Bové avec Cohn-Bendit, Buffet avec Mélanchon, Laguiller avec... Artaud, la Fédération avec ses yeux pour pleurer parce que le PC n'en veut pas, les alternatifs avec Ballon Rouge pour jouer les arbitres et siffler les penalties... Pensez-vous vraiment qu'il faille consacrer tant d'énergie au retricotage de tout ça ?
Il n'y a pas de front de gauche, il y a une alliance entre le PC et le PG. Le problème que posent les relations avec eux, ce n'est pas seulement que ces partis fabriquent de l'unité à géométrie variable en fonction de leurs intérêts électoraux, ce n'est pas non plus parce que leurs leaders ont été des acteurs loyaux du gouvernement Jospin et que dans de nombreux exécutifs ils continuent à être complètement soumis au PS... Le problème essentiel se pose quand nous feignons de ne plus voir que les leaders de ces partis pratiquent depuis très longtemps la collaboration de classe et qu'ils n'en tirent aucune leçon : leur horizon s'arrête aux frontières des institutions du système. Ils sont passés maîtres dans l'art du grand écart : on radicalise un peu le discours quand on est dans l'opposition mais on est beaucoup moins regardant quand on est aux affaires. Devons nous nous laisser tirer vers le bas au prétexte qu'ils auraient conservé la confiance d'une partie des travailleurs? Bien sûr que nous connaissons tous des militants sincères et des élus courageux, il ne faut pas leur fermer la porte, il faut poursuivre le débat. Le NPA a proposé un cadre de rassemblement unitaire. Nous ne devons pas nous laisser berner par la manipulation qui consiste à présenter les propositions du NPA comme des obstacles. Elles ne sont des obstacles que pour ceux qui pensent qu'un coup électoral les aiderait à rétablir le rapport de force pour quelques strapontins dans leurs futures alliances avec le PS.
Cela fait des décennies que le PC conduit des stratégies d’échec, autoritaire dans sa forme, réformiste et opportuniste sur le fond. C’est un comble de voir aujourd’hui toutes les forces progressistes condamnées à l’immobilisme parce qu’elles sont prises en otage par deux morceaux de l'appareil PC, d’un côté par l'appareil « officiel » qui n’a jamais opéré la moindre remise en question et qui n'a rien changé à ses pratiques, et de l’autre par des communistes "unitaires" encore plus opportunistes, qui ont besoin d'agréger de nouvelles forces (des Verts au Modem, comme à Aubagne) au service de leur longévité électorale. On ne va tout de même pas rejouer "l'union de la gauche" en rikiki... Si la première fois fût une tragédie, que sera la seconde ?

Jean-Paul Mignon du NPA (comité d'Aubagne La Ciotat)
 

L'Europe, quels enjeux ?

 

L'élection du Parlement européen ne soulève pas l'enthousiasme. Les partis et les groupes qui ont permis la victoire du NON au référendum de 2005 refusent de mener une bataille commune.

Un sondage, fin février, donnait 34 % d'intention de voter en Europe.

 

Même si un vote sanction se manifeste, les forces néolibérales vont garder la haute main sur le Parlement européen.

 

Pour autant, il est vital de dénoncer ce qui fonde l'Union européenne : son caractère non démocratique, l'orientation néolibérale de ses élites soumises aux lobbys, l'impéritie de ses institutions, le danger mortel du traité de Lisbonne, l'allégeance de ses gouvernements, à des degrés divers, à l'impérialisme US.

 

L'effondrement du système financier international contredit fondamentalement les affirmations péremptoires en faveur du tout marché concurrentiel, « libre et non faussé ». Pourtant, le Parlement européen reste le faire-valoir de l'Union pilotée en réalité par les gouvernements, eux-mêmes mandataires des multinationales qui sont responsables de la crise. Pendant ce temps, les réalités économiques désastreuses exacerbent les tensions sociales et les intérêts nationaux. Il en résulte une politique nuisible mêlant du protectionnisme, un soutien éhonté aux banques, le renforcement des dispositions autoritaires et la poursuite du démantèlement des protections sociales et des services publics.

 

La destruction des emplois, la baisse du pouvoir d'achat, la précarité, qui se généralise, les inquiétudes concernant les questions écologiques sont au centre des préoccupations des citoyens européens. Étant donnée la nature de l'Union, ils n'attendent rien de ces élections dans ces domaines.

 

L'urgence est de développer les formes de résistance aux choix des entreprises, aux actions des gouvernements, d'œuvrer à la généralisation des luttes et à leur coordination à l'échelle du continent.  Les luttes constituent en elles-mêmes des éléments d'un programme politique concret : maintien des moyens d'existence, refus des décisions prises par les actionnaires, en particulier concernant des délocalisations, rejet profond des politiques gouvernementales qui garantissent les injustices et détruisent les services publics.

 

L'échéance électorale est très proche. Il importe plus de faire circuler les informations en Europe sur ce qui se passe ici et là afin de construire un rapport de force politique réel que de mener une campagne pour tel ou tel. Les intérêts fondamentaux des travailleurs passent par la solidarité internationale concrète. Du chaos économique et social qui vient naîtra de nouvelles forces et, je l'espère, une société plus juste.

 

Michel Bonnard, 17-04-09

♪ ♫ ...Toi l'Europe, tu m'as pris dans tes bras ...♫ ♪

 

Dans un soucis d'échange franc et si possible fructueux, je me permets de faire quelques remarques à propos du point de vue de Christine et Yves sur l'Europe.

 

Au sortir de la seconde guerre mondiale, l'Europe était ravagée. Elle est entré alors, avec la guerre froide, de plein pieds dans la politique des blocs. Dans la lignée du plan Marshall, Jean Monnet, qui se trouvait commissaire au plan après avoir été spécialiste de l'industrie de guerre, a proposé de s'allier à l'Allemagne pour former un ensemble économique où le charbon et l'acier étaient des éléments déterminants en cas d'affrontement Est-Ouest. Il ne s'est pas agit à ce moment là, d'un choix des bourgeoisies continentales, mais d'un choix politique transcontinental.

Depuis, l'Union européenne a continuellement fait allégeance aux États-Unis, malgré des intérêts parfois divergents, des choix politiques parfois différents. Pourtant, certains courants entendent construire l'Europe avec l'idée de promouvoir, au travers de cette construction, une certaine indépendance vis-à-vis des USA. Dans le cadre de la mondialisation néolibérale dominée par les États-Unis cela me semble bien illusoire !

La création de la monnaie unique a plutôt contourné des obstacles. Ceux-ci réapparaissent aujourd'hui comme l'interdiction pour les pouvoirs politiques d'avoir une action sur la Banque centrale européenne et donc d'avoir une politique monétaire.

L'état de l'Europe est effectivement pitoyable et il est indispensable de fédérer les luttes aussi bien en France que dans l'espace européen. J'y souscris totalement.

Les tendances protectionnistes qui se font jour avec la crise sont consécutives à un « sauve-qui-peut » général au moment où le système néolibéral implose. L'Union européenne s'est construite, dès la CECA, sur des bases de libre échange qui propulse le dumping social et fiscal tout en verrouillant la liberté de circulation des êtres humains. Les inégalités entre les pays du Nord et les pays du Sud se retrouvent à une autre échelle à l'intérieur de l'UE avec les mêmes conséquences pour les populations. Un développement équitable suppose des règles de protection pour les plus faibles, ce que ne saurait respecter le système capitaliste en dehors d'un rapport des forces qui lui soit fortement défavorable.

Par rapport à l'élection du parlement européen, il n'est nul besoin en effet d'avoir un programme absolument cohérent pour unir les forces anti-libérales, anticapitalistes et anti-productivistes seules aptes à s'opposer réellement aux forces dominantes, à lutter pour la justice sociale. Le souhaiter est légitime, mais cela ne se fera malheureusement pas pour des raisons purement bureaucratiques.

Aujourd'hui, l'urgence est à la mobilisation contre la politique du patronat et du gouvernement qui fait payer aux salariés le chaos économique et social, qu'elle a provoqué et même organisé. En absence d'un mouvement social déterminé, « obstiné », au sein duquel les organisations feront ou pas leurs preuves, la mobilisation pour ces élections sera très faible. La construction de l'unité se fera au travers des luttes, en France et en Europe.

Le 27 mars, Yves Castino a répondu à la question sur la direction de la CGT à peu près comme cela : « Je préfère une base qui soit actrice à une direction éclairée. »

La base bouge vigoureusement, mais elle n'a pas encore pris conscience de sa force et surtout de la nécessité impérieuse pour elle de s'organiser de façon autonome.

 

Michel, 29-03-09

 

Un front électoral unitaire semble devenu impossible. De telles divergences existeraient !!! ... Il est bon de rappeler qu'il n'en fut pas toujours ainsi. En 1998, lors des élections régionales, une liste allant des Verts à la LCR en passant par les groupes locaux, les PCF dissidents et les régionalistes fut constituée dans les Bouches du Rhône. La tête de liste était un militant Vert. Ce ne fut pas un grand succès électoral mais la volonté de s'unir, de surmonter les désaccords, laissait entrevoir des perspectives d'avenir intéressantes. Mais l'expérience s'est éteinte, elle a été oubliée.
Aujourd'hui sous des formes diverses de recomposition, la division est dominatrice.

En contribution au débat nous diffusons un point de vue à propos des élections européennes :


POUR NOTRE EUROPE…

S’appuyant sur le désir de paix, au sortir de la guerre après 1945, les bourgeoisies continentales ont initié la construction européenne. Le projet visait à élargir un espace économique plus ouvert que les marchés nationaux, mais toujours protégé.
L’Union Européenne est devenue la première puissance économique du monde et un partenaire fluctuant entre la soumission et l’opposition aux U.S.A.
Dans cet immense chantier, l’arrivée de la monnaie unique fut la preuve qu’avec une réelle détermination politique de nombreux obstacles peuvent être surmontés. Mais cette volonté est très sélective, elle n’existe que pour la défense des intérêts des forces dominantes.

I /Que constatons nous ?
1-    La démocratie est encore un vœu pieux, la preuve en est que l’on se satisfait de vagues avancées depuis des décennies qui ne débouchent toujours pas sur un parlement, assurant le pouvoir législatif et contrôlant la commission européenne.
2-    L’immobilisme est total dans les domaines inter connectés que sont la fiscalité, le droit du travail, l’unification sociale. C’est une volonté délibérée, un choix stratégique. Progresser dans ces domaines est indispensable pour le développement des solidarités à l’échelle européenne afin de combattre la pauvreté, la précarité, les inégalités sociales.
3-    Tous les gouvernements se lamentent sur la crise écologique. Pourtant la commission européenne n’a qu’une influence très marginale sur les choix urgents à définir et à mettre en œuvre

Les crises financière, économique, sociale, écologique très profondes ne peuvent aujourd’hui trouver des réponses globales qu’au niveau européen. L’influence nationale existe mais elle est secondaire. Ce sont les bourgeoisies qui dirigent le levier national ou européen selon leurs propres besoins et non ceux des populations.
L’Union Européenne est au milieu du gué, offrant un immense marché de libre échange sans aucune vie politique. Tout est entrepris pour freiner l’activation d’une conscience collective permettant aux travailleurs de s’emparer de l’espace européen pour mieux défendre leurs droits. Pourtant la majorité des décisions les concernant se prennent désormais à Bruxelles.
La construction de l’Union Européenne est une bombe à retardement pour ses initiateurs. Des centaines de millions de personnes ont aujourd’hui des intérêts de classe et des revendications identiques contre des adversaires communs. C’est la mise en marche d’une force qui pourrait balayer le capitalisme de notre continent. C’est aussi l’évidence que la rupture ne peut s’envisager dans un seul pays, mais dans tout l’espace européen.
Désormais le niveau local, national, européen doivent se combiner pour toujours déterminer les cibles à atteindre.

II / Face à cette crise, les velléités protectionnistes nationales aggravent le danger déjà présent avec le dumping social, de mettre en opposition les classes ouvrières européennes.
Le retour du « FABRIQUER NATIONAL ! » est une devise aux accents xénophobes. Et le « FABRIQUER EUROPEEN » est tout aussi condamnable dans les relations aux pays pauvres. C’est dans ces eaux troubles qu’essaie de barboter Sarkosy.
Seuls les pays du tiers monde peuvent exiger des mesures de protection pour stimuler le développement national avant de s’ouvrir pas à pas à la globalisation.
La pire forme de protectionnisme est celle qui a institué la libre circulation des marchandises et des capitaux en empêchant celle des personnes du sud vers le nord. Ce sont des choix criminels, qui vont à l’envers du sens de l’histoire.
Il faut promouvoir une Europe ouverte et plus démocratique qui pourrait contribuer à l’émergence d’un nouvel ordre mondial, en rejetant toutes les formes de néo-colonialisme.
Des liens d’égalité avec les pays du tiers monde permettront de bousculer la forteresse provocatrice qui s’est édifiée pour se protéger et rejeter les peuples des pays pauvres qui frappent à la porte.

III / Les élections se pointent et l’Europe redevient d’actualité. Aucun mouvement se disant anticapitaliste, antilibéral ou antiproductiviste n’a la capacité à lui seul de proposer un programme critique, global et cohérent. Dans le contexte actuel de résistance contre le recul social, l’unité ne nécessite-t-elle pas de réels compromis ?
Une alliance électorale s’impose, sauf si l’esprit de boutique l’emporte. Les forces politiques qui avaient quasi élaboré un véritable programme de gouvernement avant les présidentielles de 2007 ont fini par butter sur la volonté du PCF et de la LCR d’en découdre électoralement, chacun sous sa bannière.
Pour faire reculer le poids de la crise et des forces dominantes, les revendications électorales immédiates doivent s’articuler autour de la démocratie, des solidarités, de l’écologie.
En France, ce n’est pas le camp du NON au référendum de 2005 qu’il faut remobiliser.
Il faut s’appuyer sur les forces très diverses qui disent oui à une Europe sauvegardant les droits fondamentaux des couches populaires et qui ont pu avoir des positions différentes lors de ce référendum.
Il faut donner à ces axes essentiels du contenu.
1-    Quel programme à court terme pour l’Europe, quelle gouvernance européenne ?
2-    Où se situent dans les faits les convergences et les divergences entre les partis et les groupes qui acceptent de discuter ?
En clarifiant ces points chacun assumera ses choix et leurs conséquences.

Cette campagne doit être une étape pour construire l’unité au travers de l’Europe. Un choix très symbolique serait de faire émerger une liste supra nationale avec un programme commun alternatif.
Un rêve pour l’heure qui deviendra réalité un jour. Il faut sortir du nombrilisme national.
Encore faut-il espérer que les forces progressistes en seront à l’initiative.

Yves et Christine Vandrame – 27/03/2009
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