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CompteRendu de la rRéunion deBallon rouge

Parmi les nombreuses crises (en cours ou à venir), il y a la crise de l’eau, probable à court terme un peu partout, mais qui affecte toujours une part notable de l’humanité, la plus deshéritée.

Données globales

L’eau abonde sur terre, et recouvre aux trois-quarts sa surface. Mais cette eau est salée (97% du total), et donc impropre à la plupart des usages humains. Les 3% d’eau douce qui restent sont essentiellement stockés sous forme de glace (les 2/3 aux pôles, sur les montagnes), ou bien dans des nappes souterraines (1/3 env.). Seuls 0,3 % de cette masse représentent les eaux de surface (rivières, lacs). La masse totale d’eau terrestre est fixe. La part d’eau évaporée retombe sur terre sous forme de précipitations en un cycle permanent, mais de façon très
irrégulière et inégale.
Hormis les sociétés primitives vivant de chasse, de pêche et de collectes, toutes les générations ont organisé leur approvisionnement en eau : puits, canaux, bassins, aqueducs jalonnent l’expansion humaine, témoins de la quête de cet élément nécessaire, vital. Du point de vue économique, on assiste depuis des siècles à des investissements massifs et soutenus, destinés à l’agriculture et à l’industrie, mais aussi aux ménages. C’est l’agriculture qui consomme le plus d’eau (près de 70% du total) ainsi que l’industrie, très gourmande elle aussi (22% en moyenne, et jusqu’à 60% en pays développés). La consommation domestique oscille entre 7% (Afrique)
et 15 % (Europe) du total. L’eau sert aussi à produire de l’électricité au moyen de barrages (plus de
45 000 grands ouvrages dans le monde, pour une production correspondant à 20% des besoins totaux).

Le marché de l’eau

S’il est admis assez largement que l’eau est le bien commun, inaliénable, de l’humanité toute entière, etc… la réalité est toute autre. L’eau publique est souvent ainsi affermée ou concédée à des particuliers ou à des entreprises. Un peu partout, il existe des accapareurs qui captent des fortunes via le contrôle de l’eau. Aux seigneurs de l’eau d’Afghanistan comme aux entreprises vedettes du CAC 40, l’eau offre des revenus qui coulent à flots.

L’exemple de Marseille.

L’histoire de l’eau à Marseille est exemplaire à plus d’un titre La ville est très ancienne; elle est située dans un environnement complexe (du point de vue hydrologique). On peut y tracer l’itinéraire d’exception d’une cité en quête d’eau de l’antiquité à aujourd’hui (et même demain). Marseille reçoit annuellement 600 litres de pluie au mètre carré (l’arrièrepays en reçoit jusqu’à mille). C’est autant que certaines parties de l’Anjou,
l’Alsace ou l’Ile de France ! Mais ces précipitations sont très irrégulières. Les rivières sont donc fréquemment à sec l’été, sauf celles à régime alpin (p.ex.la Durance).
Les nécessités du port ont conduit très tôt la ville à constituer des réserves d’eau douce pour avitailler les navires (avec réseau de collecte, conduites,etc dès le VI° siècle avant notre ère).
Plus tard, Marseille sera dotée d’un aqueduc (l‘unique aqueduc médiéval de France) pour conduire l’eau du Jarret et de l’Huveaune jusqu’au port, très actif durant les croisades. De grands travaux hydrauliques jalonnent la Provence depuis le pont du Gard, le canal de Craponne ou le barrage Zola, jusqu’aux ouvrages modernes, sur la Durance et le Verdon notamment. Au XIX° siècle, les besoins se font pressants (croissance démographique
forte, sécheresse, épidémies, mais surtout conquête de l’Algérie, guerres coloniales et industrialisation). Un ambitieux projet de canal est lancé en 1838 avec des moyens considérables ; l’eau de la Durance arrive à Marseille une douzaine d’années plus tard. C’est la ville qui en gère la production et la distribution pendant un siècle. Mais, en 1938, après l’incendie des Nouvelles Galeries, la municipalité est dissoute ; la ville demeurera sous administration de l’État jusqu’à la Libération.
Au cours de ces années noires, la toute nouvelle Société des Eaux de Marseille (SEM) obtient la délégation du service public (noter la date : février 1942, le mois où le STO est décrété et où les Nazis réalisent un projet qui
rencontre le désir de certains milieux locaux: la destruction des vieux quartiers de Marseille… en l’absence de municipalité élue).
Cette société est une filiale de la Compagnie Générale des Eaux, créée sous le second empire (ainsi que son prolongement bancaire, la Société Générale) tout comme sa rivale historique la Lyonnaise des Eaux !)
Au cours des ans, la petite SEM deviendra le vaisseau amiral de la Générale des Eaux (rebaptisée VIVENDI puis VEOLIA).
Usant de tous ses atouts, techniques, financiers, politiques, relationnels mais aussi des synergies d’un groupe puissant, l’emprise privée sur la ville et la région est devenue considérable. Le groupe gère ainsi une très grande
partie du marché de l’eau en PACA, mais aussi des réseaux de transport, d’assainissement, de chauffage, d’environnement, d’éclairage public… et emploie ici plus de 8 000 salariés ! Au passage, la bonne entente avec la
concurrence (Lyonnaise des Eaux, aujourd’hui filiale de Suez- Environnement) a permis de cogérer la meilleure eau de France (!) (comme à Toulouse, Lille, St. Étienne, Versailles ou Paris).
Les surcoûts dus à cette “cogestion exemplaire” sont considérables, avec des marges parfois supérieures à 50% (comme à… Marseille ou en Ile-de-France). Cette expansion remarquable a été facilitée par les relations fructueuses avec les élus marseillais, de Gaston Defferre à J-Claude Gaudin, qui ont toujours soutenu la SEM, jusqu’à la pousser dans son grand projet de mondialisation.
Ainsi, le Conseil Mondial de l’Eau (WWC), autoproclamé en 1996 par… la SEM , avec le concours de la ville de Marseille a son siège à…Marseille. Au cours de grandes manifestations internationales (Marrakech, La Haye,
Kyoto, Mexico, Istambul) qui rassemblent des milliers d’acteurs du marché de l’eau, le Conseil Mondial définit les orientations … qui conviennent à son expansion. Il s’agit clairement d’opérations de communication à
l’échelle mondiale! Service public et secteur privé.
Si en France les entreprises privées détiennent plus des trois-quarts du marché de l’eau, essentiellement VEOLIA (plus de la moitié) , SUEZ (le tiers env.) et SAUR (13%), la réalité est différente ailleurs. Les compagnies se sont donc hardiment lancées à la conquête du monde: Maghreb, Amériques et surtout Asie. Car la recherche, l’acheminement, le traitement et la distribution de l’eau supposent toujours de lourds
investissements pour les collectivités locales. Les arguments de ces compagnies sont, à court terme, convaincants (apport de compétences, de capitaux, primes d’entrée offertes aux communes…).
Mais ce sont les consommateurs (et d’abord les usagers domestiques) qui financent un contrat désavantageux et à très long terme (jusqu’à 50 ou 60 ans). Les compagnies, elles, choisissent d’investir (avec souvent le concours
d’argent public) dans les secteurs les plus profitables ! Dans les faits, les bénéfices énormes générés par ce marché entrent dans des dispositifs opaques dont les bénéficiaires (collectivités, mais aussi élus
et autres acteurs) sont aussi des décideurs (les procès pour corruption aboutissent parfois).
Aujourd’hui se dessine une certaine tendance à l’émancipation des collectivités locales (Grenoble, après un scandale retentissant, Paris et de nombreuses communes) malgré les contre-attaques efficaces du secteur privé
(Syndicat des Eaux d’Ile-de-France en janvier 2009), Ailleurs, il existe une multitude de systèmes permettant d’accaparer les ressources en eau, toujours accompagnés d’une corruption étendue qui
contribue à dégrader le lien social. Les actions pour préserver l’eau, bien commun de l’humanité
Plusieurs conflits géopolitiques actuels portent sur le contrôle de ressources, dont l’eau (Tigre-Euphrate, Jourdain…). L’approfondissement de la crise de l’eau aboutira à de nouveaux conflits.
Dans la perspective d’une crise qui devrait s’étendre, et qui témoigne de l’accélération de la destruction des milieux naturels, il importe de soustraire l’eau à la marchandisation néo-libérale généralisée. L’eau est un bien public
et la collectivité ne peut aliéner ce bien à une entreprise privée. La réduction de la consommation s’imposera; des gaspillages énormes existent, surtout dans les pays développés. L’agriculture, en particulier, peut
se réformer. Le projet d’assurer à tous les humains l’accès à l’eau domestique (dont une part déclarée “vitale” pourrait être gratuite) est réalisable pour des coûts
modiques (en comparaison des sommes immenses gaspillées en armements ou renflouements de banques). La nécessité de limiter la consommation devrait conduire à des politiques tarifaires plus directives.
Tout usage de l’eau induit un processus d’assainissement dont la bonne gestion contribue à préserver les milieux naturels (mais qui supposent eux aussi des investissements équivalents à ceux de production et distribution
d’eau !)
J-P O.
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