A table ! Non merci !
Tout d'abord, je voudrais que les choses soient claires, pendant cette campagne électorale, il faut concentrer nos forces pour dénoncer et battre la candidate de
Sarkozy. Personne ne peut nier que Sylvia Barthélémy incarne ici la politique la plus réactionnaire que nous ayons connue depuis Vichy: la casse sociale généralisée,
la liquidation des derniers services publics, la monstrueuse chasse aux sans-papiers, l'alignement sur le clan Bush, l'utilisation berlusconienne des médias... Bref, une politique entièrement
dévouée à la cause des grandes fortunes.
Il faut souhaiter la défaite de cette droite arrogante et revancharde. Il faut voter contre elle sans état d'âme et sans hésitation... Quitte à voter pour le diable
!
Mais peut-on pour autant nous jeter dans les bras du parti municipal ? Peut-on dire comme nous le faisons dans le communiqué de Ballon Rouge que « parfois
nous sommes d'accord, parfois réticents, parfois en opposition, et que tout cela s'intègre dans un débat démocratique » ? Avons-nous déjà vu l'ombre d'un débat démocratique avec ces
gens-là ? Peut-on passer d'un vote contre la droite sarkoziste à un soutien au parti municipal ? Pire, comment des camarades peuvent-ils se retrouver sur leur liste ? Même à titre personnel ou au
titre des Verts alors qu'ils ont été membres du groupe "Verts et Ballon Rouge", et que leur nouvel engagement rejaillit sur nous tous.
Avons-nous la mémoire si courte? Avons-nous oublié comment le parti municipal traite ses alliés au sein de son institution ? Pouvons-nous être aussi naïfs et
aussi opportunistes que les socialistes aubagnais?
Il ne s'agit pas de juger les camarades qui ont fait ce choix, (nous n’avons pas les mêmes pratiques d’excommunion que le clan municipal où chacun déteste et
méprise l’autre) mais est-ce que cela doit museler Ballon Rouge ? Si tel était le cas, nous serions dans un reniement absurde, notre combat perdrait tout son sens et nous rejoindrions la cohorte
des gratte-gamelles en mal de notabilisation. Quels sont les enjeux qui guideraient ce choix? Devons-nous en passer par là pour combattre la droite ? Nous savons très bien que les partis de la
gauche instituée désorientent et exaspèrent le peuple. Ils ne portent aucun projet auquel nous puissions nous raccrocher. Demain ou après-demain, si nous leur prêtons allégeance, nous aidons à
construire une autoroute pour la droite la plus réactionnaire. Même si leur communication emprunte parfois à des thèmes issus du camp progressiste, même s'il reste quelques acquis qu'ils n'ont
pas eu le temps de démolir eux-mêmes, même si plusieurs employés et cadres de la ville persistent à mettre du sens et du dévouement dans leur action, même s’ils conservent la confiance de
quelques militants honnêtes, est-ce que cela est suffisant pour renier le combat que nous menons depuis vingt ans « pour les jours meilleurs » ? Est-ce aussi important d'intégrer
l'institution municipale ? Est-ce là que ce jouent les combats décisifs que nous devons mener aujourd'hui ? Comme si notre expérience n'avait pas suffi. Les vagues généralités que nous avons
énoncées il y a 12 ans en guise de programme ne constituent même pas une amorce d'alternative. Il me semblait que nous en avions tiré les leçons, je désespère de m'être trompé.
Nous ne sommes pas prêts, nous n'avons pas le rapport de force. À l'heure où la machine sarkoziste écrase la société tout entière, ce n'est pas dans les
institutions de l'état décentralisé que doit se mener le combat politique... à moins que nous ayons de l'énergie à gaspiller. Nous avons plus à perdre qu'à gagner. Nous prenons le risque d'être
assimilés à ces notables à la dérive… et, en ce qui concerne notre rupture passée, nous leur donnons raison rétroactivement.
Faut-il vraiment rappeler leur manière de faire de la politique ? Faut-il rappeler que derrière leurs belles paroles se cachent des pratiques opportunistes et
réactionnaires. Nous passons un peu vite sur leur logique de privatisation : de l'eau, des transports, des parkings. Nous avons oublié comment ces grands altermondialistes ont cédé un
terrain municipal pour faire un Mac Do, les questions que nous posions et qui sont restées sans réponses concernant certains marchés, les procédures onéreuses et tapageuses à répétition pour la
campagne Favary ou pour la clinique Fallen qui ont finalement été cédées à des privés. Les yeux bizarrement fermés sur les pratiques d’un certain cadre « indélicat » qui a été remercié…
par une promotion à Saint Ouen, l’affaiblissement du service social de proximité en pleine période de précarisation et d’exclusion, le délire du contrat local de sécurité, une politique de
logement qui n’est sociale que par les effets d’annonce, le placement de l'emprunt municipal sur les fonds obligataires via Merril Lynch, et ils en étaient fiers en brandissant l'article de
félicitations paru dans la Tribune. Que dire de leur communication en guise de démocratie locale, d'Aubagne 2000 aux forums citoyens, une larme pour la Palestine et une pub incroyable pour les
bonnes oeuvres de l'état d'Israël. La gesticulation autour d'une famille de sans-papiers en guise d’engagement contre la politique de rafles du gouvernement. Une conception de l’environnement qui
ne fait que suivre la mode, et puis… la fraude, le mensonge, l'arnaque, le mépris total et la calomnie pour ceux qui ont le malheur de ne pas se mettre aux garde à vous devant eux. La pêche à la
ligne pour récupérer des colistiers réactionnaires. Le chantage pour faire revenir les brebis égarées un tantinet opportunistes dans le droit chemin. Sans oublier le soutien inconditionnel à la
gestion calamiteuse, clientéliste est antisociale du président du conseil général…
Je veux bien récupérer ma vieille pince à linge pour aller voter, mais ne m’en demandez pas plus ! Décidément, je pense que l'on peut s'opposer à la droite
sarkosiste sans tomber dans ces abîmes là.
Jean-Paul Mignon, Ballon Rouge, le 7 décembre 2007.